Sous la protection de ...

L’Égide d’Athéna.

 

Les grands récits du passé et du présent évoquent la notion d’égide comme un bouclier protecteur invisible prenant la forme d’une association ou d’un club, d’un culte, d’une religion, d’un corps gouvernant, d’un tribunal, d’un système de validation et de force, et en définitive, de quelque chose de plus grand que les simples mortels : une idéologie. Dans la mythologie grecque ancienne Athéna porte son égide en temps de guerre et certains disent en temps de paix. Décrite soit comme un vêtement en peau de chèvre avec des glands en or, soit comme un bouclier protecteur orné de la tête d’une gorgone, ou comme une combinaison des deux, l’égide d’Athéna, quelle que soit la forme qu’elle prenait, provenait du monde matériel tout en étant imprégnée de ses pouvoirs immortels.

 

Avec ses tableaux aux motifs de vichy et de tricot et ses couvertures au crochet transformées en sculptures de bronze, Michelle Grabner (Milwaukee, WI) adopte délibérément le langage de la peinture abstraite de grand format et le symbolisme historique et héroïque des bronzes figuratifs pour honorer la tradition de transmission et le travail domestique au sein même de l’espace de la galerie. Aneta Grzeszykowska (Varsovie, PL) présente deux œuvres de sa série des Beauty Masks, des portraits sobres de l’artiste dans des masques contraignants, ainsi qu’une œuvre de sa série Mama où la fille de l’artiste interagit avec une réplique en silicone de Grzeszykowska. Dans cette œuvre en particulier, elle pare sa mère de maquillage appliqué de manière chaotique, comme une peinture de guerre rose fuchsia. Grzeszykowska opère à la surface du soi et de la représentation du soi dans des séries qui sont à la fois obsédantes et sombrement humoristiques. Ivy Haldeman (New York, NY) crée sa propre symbolique complexe de la figure féminine. Dans Image Makers, Peach and Tan elle soustrait les corps mais laisse les costumes incarnés. Elle suggère également avec ironie des propositions sensuelles inattendues en érotisant de la malbouffe sur de larges tableaux. Karen Kraven (Montréal, QC) restructure des retailles de soie en un costume improbable, ses pièces de textile existant entre l’art de la couture et la sculpture abstraite. Des ceintures surdimensionnées et des chutes de tissu méticuleusement cousues inspirent une sensation de présence suspendue. Dominique Sirois (Montréal, QC) reprend l’histoire de Danaé dans une mosaïque en céramique fragmentée, évoquant à la fois la princesse mythologique sous une pluie d’or et les multiples représentations qu’en a faites Titien. Des masques de soudure en céramique qui semblent se fondre dans le mur procurent une sensation de protection incertaine.

 

Les œuvres de Michelle Grabner, d’Aneta Grzeszykowska et d’Ivy Haldeman sont exposées avec la collaboration de James Cohan Gallery, Lyles & King et Downs & Ross respectivement.